Evénements

Quel bilan carbone pour les grandes courses au large ?

Conférence/débat le 8 avril 2022


Retrouvez le replay de la conférence sur YouTube :
https://www.youtube.com/watch?v=7qekb5t0TpA&t=2944s

Vendredi 8 avril, La Vague s’est retrouvée à l’auditorium de la Cité de la Voile devant une soixantaine de personnes pour une petite conférence sur le thème du bilan carbone des courses au large. Après plusieurs mois sans se voir, ces retrouvailles marquent le début d'un nouveau cycle de rencontres, de débats, de travaux. dont nous vous parlerons très prochainement. Le bilan carbone est une étape importante : il nous donne un ordre de grandeur et des pistes de travail sérieuses. Trois intervenants étaient présents pour nous présenter le bilan de leurs événements, Anne-Cécile Turner pour The Ocean Race, Emilie Llorens pour la Transat Jacques Vabre et Stéphane Bourrut-Lacouture pour la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro. La bonne nouvelle, c'est que ces différents responsables RSE se connaissent et travaillent ensemble. Des passerelles existent et un travail commun est bien en place pour qu’il y ait une continuité d’une course à l’autre.


Le résumé des chiffres est le suivant :

- bilan carbone de The Ocean Race 18 : 30,000 tonnes équivalent CO2

- bilan carbone Transat Jacques Vabre 21 : 8188 tonnes équivalent CO2

- bilan carbone Route du Rhum 18 : 145 842 tonnes équivalent CO2

- bilan carbone Solitaire du Figaro 21 : 528 tonnes équivalent CO2



En mettant ces chiffres les uns à côté des autres, il apparaît que les méthodes utilisées ne sont pas les mêmes : difficile d'imaginer que l'impact d'événements de dimension relativement similaire comme la Route du Rhum et la Transat Jacques Vabre diffère d'un facteur 20...

Il ne semble pas que le problème réside dans l'évaluation de l'impact carbone de chaque poste. Celle-ci est la plupart du temps basée sur les chiffres de l’ADEME (Agence de l'Environnement et de la maîtrise de l’Energie) ; même si certains postes atypiques posent des difficultés, comme le retour en cargo des voiliers après une transatlantique.

La difficulté majeure est, bien plus, la définition du périmètre d'évaluation, et l'affectation de chaque poste à l'acteur qui en est responsable. Anne-Cécile Turner pour The Ocean Race est sans doute celle qui a le plus développé cet aspect, en expliquant clairement ce qu'elle n'inclut pas ; en particulier la construction et l'entretien des bateaux, dont la responsabilité doit être attribuée aux équipes. De même les déplacements et transports, qui ont un impact spectaculaire (86% pour la Transat Jacques Vabre, 77% pour la Route du Rhum, 54% pour la Solitaire du Figaro) sont essentiellement imputables aux spectateurs, sur lesquels l'organisation n'a pas de contrôle direct.


Bien sûr, l'organisation doit influencer au mieux ces spectateurs. Elle peut aussi repenser la nature de son événement, mais c'est alors l'ensemble du modèle économique des courses au large qui est remis en cause. Celui repose aujourd'hui sur une logique « plus de financement grâce à plus de visibilité en attirant plus de visiteurs », ce qui conduit à plus de déplacements. Si on veut réduire le nombre de déplacements, on renverse la logique et on risque de parvenir à moins de financement... Il y a là des discussions très intéressantes à mener : vivre l’expérience d'un départ de de course au ponton, de rencontrer des marins, de rêver en voyant des voiles partir à l’horizon, fait partie de l'ADN de notre sport.

Faut-il défendre ce rêve, à n'importe quel prix ? Ou peut-on trouver d'autres ajustements ?


Au-delà de ce focus sur les postes les plus climatiquement douloureux, la question du périmètre du bilan carbone des courses rappelle à chacun ses responsabilités. Tous nous voulons montrer l'exemple par la symbolique et la communication. Tous nous devons aussi prendre notre part et atteindre, chacun pour notre impact propre, l'objectif que nous nous sommes fixé avec l'accord de Paris : diviser par deux nos émissions de gaz à effet de serre. Pour cela il faudra sans doute accepter des règles restrictives ; c'est aussi le rôle des fédérations, FFV et World Sailing, que de les soutenir beaucoup plus vigoureusement. Nous l'avons répété une nouvelle fois, ces règles constituent un formidable champ d'expression pour les designers, les architectes, les ingénieurs, les marins... La prochaine conférence de La Vague, sur le sujet de la construction et des matériaux alternatifs le montrera bien : l'esprit d'innovation qui irrigue notre sport parviendra à relever le défi de l'économie circulaire et de la neutralité carbone.

Pour autant, il ne faut pas s'aveugler : nous n'avons pas le temps d'attendre. L'objectif de division par deux arrive à échéance dans 8 ans ; pire, le dernier rapport du GIEC nous donne 3 ans pour éviter les effets les plus dévastateurs du dérèglement climatique. Alors, tout en poursuivant nos recherches, une idée toute simple : doubler la durée de vie d'un outil, c'est diviser par deux l'impact de celui qui l'utilise. Ne pourrait-on pas commencer par là : concevoir des voiles pour qu'elles durent ? Penser les monotypes pour un temps long et en imaginant leur seconde carrière ? Construire les prototypes dans des moules existant ?

On attend vos idées ! Pour compléter ce projet de course idéale que vous pouvez retrouver ICI


Formons une Vague. Formons La Vague


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